On était pauvres. On achetait des piles alcalines sur le marché pour nos lampes LED. On n’utilisait plus d’électricité. On ne payait que les factures d’eau. Pour pouvoir boire au robinet. Elle était calcaire, c’était bon pour les os. On troquait nos jeux vidéo contre de vieilles consoles portables en noir et blanc. Tetris en couleur, ça revenait trop cher. Ca consommait de trop. Dans nos placards, on trouvait des cacahouètes, des cornichons et des marrons. On avait coupé tous les arbres du jardin pour alimenter le brasero et se chauffer autour. On faisait des barbecues tous les jours, même l’hiver. Tu crois que les gars à la préhistoire, ils faisaient quoi ? On souffrait du froid mais on se protégeait. Quand un des chatons d’une portée crevait, on se fabriquait un bonnet. Sans couvre-chef, les températures inférieures à moins vingt degrés nous cassaient les lobes d’oreilles. Des stalactites poussaient dans les cheveux. Pour économiser, on s’auto-suçait la tête en famille. Ca nous hydratait. On se réunissait. Rituel. L’unification par le partage. Un bloc dur. On couvait les bébés sous les aisselles. On dormait compact. Chaque foyer avait reçu une formation de l’Armée du Salut. Les combinaisons dépendaient forcément de la composition de la famille, du nombre de filles, de garçons, de cousins, de mamans. L’inceste était toujours aussi mal vu, alors que la consanguinité apparaissait au fil des générations comme une nécessité. Tu n’avais pas envie de brader un tes fils, sa valeur calorifique était bien trop importante. Des minis guerres pullulaient entre deux carrefours quand deux jeunes tombaient amoureux. On ne tuait pas. On cassait de l’appareil génital. Je n’aimais pas du tout ça. Je revoyais dans d’anciennes revues de mode et d’architecture design qu’avant on savait se tenir. Les gens étaient froids et réservés dans des maisons chauffées. Dorénavant, les gens ont le sang chaud dans des huttes froides. On n’a plus de beaux pantalons en velours, on n’a plus de chaussures en daim ou de pulls en laine. On porte des peaux de chiens, des gants en peaux de rats. L’ère du coton est révolue. L’ère de la peau de bête est dorénavant l’absolue. Bon, je m’en vais tricoter un caleçon. Ils viennent de ramener un cochon.
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