DON’T TOUCH ITOUCH

Ils n’osaient pas passer à l’implant, ni même en France.  Les States étaient plus radicaux. Tu naissais avec l’option bluetooth intégrée ; un liquide compact, électrostatique, circulait dans ton cerveau. On pouvait en acheter sur le net. Dick avait voulu tenter mais on l’avait prévenu que ça annihilerait l’effet des joints. Ca l’a calmé.

Dégommer des rétroviseurs. Je le faisais quand j’étais ivre et que je descendais de mon immeuble de cinq étages. Technique du diable, le pied plié à la Bruce Lee. Je piétinais le plastique et ramassais les débris de miroir pour me regarder. Ce que j’étais fier, beau, mon reflet étincelait quand je détruisais des bagnoles. Le matin, elles me réveillaient. En sursaut. Et quand j’étais sur mon bike, des vieilles bonasses reliftées m’harcelaient de coups de klaxon. J’accélérais mais je n’avais pas de pédaliers électriques pour les montées. Pas dupe. Pour en obtenir, il fallait s’enregistrer avec un ID dans un centre étatique spécialisé en plein quartier européen. Les gens à vélo étaient des gens suspects, craints. On était rapides, capables de se faufiler dans les ruelles après avoir piraté un distributeur de billets. Notre côté altruiste ennuyait. Moi, je balançais mon fric quand je voyais des sans-abris. On était liés. Ils avaient compris l’enroule, se nourrissaient mieux grâce à la thune, surveillaient si les flics s’amenaient. Ils nous prévenaient. Peu pouvaient encore articuler, à défaut d’avoir garder une mâchoire, alors on se cotisait avec ma bande pour leur fournir des stocks de sifflets de chasse. Ils étaient pourris et couinaiaient aigus mais on s’était résouts à passer pour des malpropres aux yeux du monde. Dick, un des nôtres, et ses tibias infectés se retrouvaient malgré lui dans les émissions les plus trash des chaînes pour ados attardés. On le voyait bourré sur des images prises avec des Iphone par des hipsters. On détestait ça, les portables “nouvelle génération”. T’étais fiché et pisté en permanence. Géolocalisation à un mètre près. Quiconque en avait un était banni de notre cercle et rejoignait la meute urbaine des détenteurs de produits Itouch, quasi l’entière population…

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