Ils ont ouvert un magasin de fournitures de survie sur la route principale. Dix rayons en parallèle en cas d’apocalypse imminente. Des générateurs, des conserves géantes de haricots secs, des livres pour manger des épines de sapin et se recoudre des trous dans la peau. Se faire soi-même des points de suture, ça fout le gerbant. Les illustrations sont précises. Heureusement, le plafond n’est pas haut, il y a de l’air. Mon remède à la claustrophobie est dans le cosmique. De grands posters de la Terre Creuse, de la planète X. Des armes de chasse. Un Winchester sous verre avec une vidéo de présentation. Le shotgun le plus rapide de l’ouest. Le vendeur à l’accueil est souriant sous une barbe sombre bien fournie, porte un parka noir, un chapeau de la marine et des hameçons pour la pêche. Il a certainement été soldat, cuisinier sur un porte-avion. Il lui manque un bras. Il raconte qu’il s’est amputé lui-même quand un espadon pas tout à fait mort l’embrocha. Il voulait éviter toute infection. C’est un vieux qui vivait à la dure. J’aime bien venir lui parler. Il sait comment ça sera à la fin du monde. L’apocalypse rendra tout le monde barge. Même les enfants t’écrabouilleront si t’es sur leur chemin. Il me conseille chaque fois, à chacune de mes venues, m’apporte des conseils utiles. Je retire mon Walkman et je l’écoute attentivement. Il est sûr qu’il faut se barrer des villes. Ne pas rester près d’autres groupes d’humains. Aucune solidarité possible. Il précise qu’au-delà de dix personnes, ce sera le clash, que déjà à partir de trois, des clans et des alliances se formeront. Lui, il irait tout seul dans la forêt. Il n’a plus de femmes, pas d’enfants. Juste un chien, un petit malin qui se faufile partout. Tu crois toujours qu’il te faut un Doberman ou un molosse mais ceux-là sont trop grands. Imagine que tu sois bloqué dans un trou ou dans une cellule avec. Au bout de quelques jours, c’est lui qui te boufferait. Avec un chien de taille moyenne, tu peux l’envoyer dans les airs, qu’il aille te chercher de l’aide ou te ramène une corde. Il m’a dit qu’il fallait bien s’entraîner. Former une team de choc. Un peu comme Tintin et Milou. Du coup, je lui ai acheté toutes les BD et, s’il est pas assez dressé, pas grave, tant pis, c’est moi qui le boufferai.
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